Foire aux melons, foire au gras, foire aux dindes, foire aux harengs, grande foire internationale : la France en compte des centaines, et contrairement aux fêtes votives, elles n'ont presque jamais d'origine religieuse au sens strict. Une foire est d'abord une date de commerce. Pendant des siècles, elle servait à vendre les bêtes que l'on ne gardait pas pour l'hiver, à louer les domestiques, à régler les dettes de l'année et à constituer les réserves de la saison froide. Sa place dans l'année n'avait rien d'arbitraire : elle suivait le calendrier des travaux agricoles, et comme ce calendrier se disait en noms de saints, les foires ont pris leurs noms. Ce guide explique comment ce calendrier s'est construit, quelles règles fixent encore les dates aujourd'hui et ce que l'on trouve selon la saison, en s'appuyant sur les fiches vérifiées du catalogue FêtesMap.
Ce qu'une foire servait à faire
La foire Saint-Luc de Gavray-sur-Sienne, dans la Manche, connue depuis le XIIe siècle, dit assez bien à quoi servaient ces rendez-vous : on y vendait les bêtes dont on ne voulait pas assumer l'hiver, on y louait des domestiques, on y réglait les comptes de l'année. Elle tient trois jours sur douze hectares, réunit environ quatre cents exposants pour quelque soixante mille visiteurs, et garde du vendredi sa foire aux chevaux et aux poulains, héritage direct de sa fonction première. Le reste de l'année, les douze hectares sont une prairie.
La foire ès morts de Rauville-la-Place, dans le Cotentin, porte ce calendrier dans son nom : elle se tient le premier samedi après la Toussaint et ferme l'année des foires du département de la Manche. D'abord foire aux chevaux, elle est devenue foire aux légumes, ce qui résume une génération d'histoire agricole. Le cheval de trait a quitté les fermes, la vente directe de légumes a gardé un sens, et novembre tombe au bon moment, quand les jardins sont vidés. Beaucoup de ces rendez-vous ont disparu au XXe siècle avec la mécanisation et l'apparition des marchés aux bestiaux régionaux ; ceux qui restent ont souvent conservé leur emprise au sol et leur foule.
Le calendrier des saints est un calendrier de travail
La Saint-Michel, le 29 septembre, marquait la fin de la moisson, le terme des baux et le moment des embauches, d'où le nombre de foires qui portent son nom à la charnière de septembre et d'octobre. La foire Saint-Michel de Barcelonnette, dans l'Ubaye, garde le programme complet d'une foire agricole alpine : vente de bestiaux, machines agricoles, tonte de moutons et braderie des commerçants. Celle de Meyrueis, dans la vallée de la Jonte, remonte à près de huit siècles et se consacre aux fromages, charcuteries et miels cévenols. À Ouanne, dans l'Yonne, c'est la Saint-André qui donne son nom à la foire agricole, cinquante-deuxième du nom, et à Saint-Brieuc la Saint-Michel est devenue trois jours de grand déballage avec environ quatre-vingt-dix marchands dans les rues piétonnes.
Octobre appartient à la Saint-Denis et à la Saint-Luc. La foire de la Saint-Denis de Montilly-sur-Noireau dure depuis des siècles dans le bocage ornais, avec une centaine d'exposants, une rôtisserie en plein air et une fête foraine, et celle de La Roche-sur-Foron tient la même place en Haute-Savoie, autour des fromages de montagne et des produits fermiers. Pour la Saint-Luc, Pontarlier organise un concours bovin et des animations équestres, puis une seconde journée deux semaines plus tard, la foire retour, tandis que Guillestre rassemble bovins, ovins et fromages d'alpage sur trois jours.
Novembre et décembre closent la série. La foire de la Saint-Martin de Haguenau est devenue la grande braderie annuelle de la ville, où les commerçants partagent la zone piétonne avec des centaines de marchands ambulants. Le 11 novembre, jour férié, en porte trois à lui seul. La foire aux oignons de Givet installe environ cinq cents exposants dans les rues et reste la plus grande foire traditionnelle des Ardennes. La foire de la Saint-Martin de Duras ouvre dès huit heures et mêle vide-greniers, gastronomie, artisanat et fête foraine. La foire aux dindons de Varaignes, en Périgord vert, ne change jamais de date, et pour une raison agricole : le 11 novembre tombait sur la période où les dindons engraissés toute l'année atteignaient leur poids de vente pour les repas de fin d'année. Le marché aux volailles y précède un défilé de dindons escortés dans les rues du village. La Saint-Martin de L'Isle-Jourdain, quarante-neuvième édition, s'est tournée vers le terroir gersois et l'artisanat d'art. Le 25 novembre, la Sainte-Catherine de Vesoul, attestée depuis plus de sept cents ans, installe plus de six cent cinquante camelots dans les rues, et la foire de la Saint-Nicolas d'Évreux occupe le premier lundi de décembre.
Les foires à jour fixe, et celles qui reviennent chaque mois
Certaines foires n'ont jamais cédé au week-end. La foire des Hérolles se tient le 29 de chaque mois depuis 1484, de huit heures à treize heures trente, au hameau des Hérolles sur la commune de Coulonges : plus de trois cents exposants, entre huit mille et douze mille visiteurs, onze hectares, au carrefour du Poitou, du Berry et du Limousin, avec un marché au cadran où les bovins et les ovins se vendent aux enchères descendantes. La foire du 27 de Rouillac tombe le 27, quel que soit le jour de la semaine, de huit heures à quatorze heures. La foire aux dindes de Lagrand se tient chaque 9 septembre sur le plateau qui domine le village, pour sa 798e édition en 2026, et le pain y est encore cuit au four banal. Et la foire du Nouvel An de Gramat tient le 31 décembre.
À côté de ces dates de calendrier subsiste un réseau de foires mensuelles, concentré dans le Limousin, le Poitou et la Nièvre, où le rendez-vous sert encore à vendre en direct. La foire de Saint-Léonard-de-Noblat tourne autour des volailles et des produits fermiers, celle d'Availles-Limouzine reste adossée à l'élevage, celle de La Souterraine au terroir creusois : trois marchés traditionnels que personne, sur place, ne songerait à appeler un événement. Ailleurs la règle se dit autrement. À Marvejols, c'est un samedi par mois, et s'y retrouvent les marchands du Gévaudan, du plateau de l'Aubrac à la Margeride. À Saint-Pierre-d'Oléron, c'est le quatrième mardi du mois, de huit heures à treize heures, avec produits du terroir, textile et brocante mêlés sur la place Gambetta.
Les foires au bétail qui restent
Les foires aux chevaux ont survécu là où une race locale a tenu. Langogne réunit chevaux de trait, chevaux de selle, poulains et poneys sur une journée de concours et de marché ; la foire aux chevaux de Kérien est l'une des dernières foires chevalines traditionnelles du centre-Bretagne, avec concours de poulains le matin, étalons l'après-midi et châtaignes grillées. Fin janvier, Espelette consacre sa foire équine au pottok, petit cheval rustique du Pays basque, et Bouan, en Ariège, la sienne au mérens.
Le reste du bétail a ses propres dates. La foire aux tardons de Champoléon, dans le haut Champsaur, est consacrée à l'agneau élevé en alpage ; celle de Arles-sur-Tech aux chevreaux et aux fromages fermiers ; celle de La Chapelle-en-Valgaudémar associe concours d'ovins, tonte et ragoût de chèvre mijoté au chaudron. Samatan réunit bovins, volailles et matériel agricole ancien sur trois jours, et Saint-Bresson, en Haute-Saône, met en avant la race vosgienne, race locale que la foire a aidé à maintenir.
Deux dates encadrent la saison d'alpage. Fin mai, L'Aubrac en Transhumance fait monter les troupeaux vers les estives derrière un défilé de vaches fleuries, entre Aveyron et Lozère. Début octobre, la foire de Termignon, cent vingt-septième du nom, marque la fin de cette même saison en Haute-Maurienne, aux portes de la Vanoise. Les comices agricoles, eux, se rejouent parfois en costume : Sainte-Maure-de-Touraine ressuscite les siens au château des Rohan, machines anciennes et documents d'époque à l'appui, et le comice de Brûlon réunit toujours producteurs fermiers et artisans dans la Sarthe.
Un produit, une date
Janvier appartient à la truffe noire, parce que c'est la saison. Lalbenque, dans le Quercy, tient son marché au cadran et des démonstrations de cavage ; Uzès installe son marché aux truffes place aux Herbes et célèbre une messe de la truffe ; Sarlat associe la truffe du Périgord au foie gras, et Aups prend le dernier dimanche du mois. Le printemps change de registre : l'asperge des sables le 1er mai à Pontonx-sur-l'Adour, la fraise à Carpentras fin avril, la cerise à Céret, la plus précoce de France, et la cerise noire à Itxassou, celle qui garnit le gâteau basque.
L'été se lit à l'ail, et chaque ail a son nom, sa couleur et sa semaine. Peyrolles-en-Provence ouvre fin juin, l'ail blanc de Lomagne se fête à Beaumont-de-Lomagne fin juillet pour la trente-et-unième fois, l'ail rose de Lautrec, Label Rouge, le premier week-end d'août avec ses tresses vendues par milliers, et l'ail violet de Cadours, AOP, fin août. La lavande suit la coupe et la distillation : Apt le deuxième dimanche de juillet, Valensole avec coupe à la faucille et alambic en marche, Sault le 15 août, et Valréas avec ses deux corsos nocturnes de chars fleuris de lavande. Le melon se partage entre Cavaillon début juillet et Lectoure le 14 août, la figue réunit près de cent cinquante exposants à Solliès-Pont, et Moissac fête le chasselas, seul raisin de table français sous AOP.
L'automne est la saison la plus chargée. La châtaigne tient d'octobre à décembre. Anduze, porte des Cévennes gardoises, la sert en grande soupe partagée en plein air ; Villefranche-du-Périgord l'associe au cèpe, l'autre récolte de ses forêts, le troisième week-end d'octobre ; Laguépie, au confluent de l'Aveyron et du Viaur, tient la sienne depuis 2001, avec marché de producteurs et ateliers pédagogiques. La série se termine en Corse début décembre, à Bocognano, où A Fiera di a Castagna existe depuis 1982 : la châtaigne y a nourri l'intérieur de l'île pendant des siècles, au point que le châtaignier fut longtemps appelé l'arbre à pain, et la farine de châtaigne corse est reconnue en appellation d'origine protégée depuis 2010. Le cèpe partage l'affiche avec le veau sous la mère à Saint-Saud-Lacoussière, et Saint-Bonnet-le-Froid tient un marché aux champignons secs doublé d'une exposition mycologique. Le dernier week-end d'octobre, Espelette pare le village de guirlandes de piments ; Le Vigan fête pour la trente-deuxième fois la pomme et l'oignon doux des Cévennes AOP ; Lavit prend le deuxième dimanche du mois pour la noisette de Lomagne. Viennent ensuite l'olive verte cassée à Mouriès, l'huile nouvelle à Ollioules pour sa trente-cinquième édition, le riz nouveau aux Prémices du Riz d'Arles et le melon tardif à la foire aux melons de Béceleuf.
Décembre est au gras, juste avant les repas de fin d'année : Belpech, à la limite de l'Aude, de l'Ariège et de la Haute-Garonne, et les marchés au gras de Samatan et d'Éauze, où le canard et l'oie se vendent encore entiers, auxquels répondent les Foires Grasses de Brive-la-Gaillarde, foie gras, chapon et truffe noire. L'oie revient en mars à Sarlat Fest'Oie. Et l'hiver garde deux fleurs et un fruit : la violette de Toulouse place du Capitole et la Fête du Citron de Menton, avec ses sculptures d'agrumes dans les jardins Biovès.
La mer a son propre calendrier
Les fêtes de la pêche suivent les campagnes et non les récoltes. L'anchois de Collioure, salé et confit selon un savoir-faire ancien, se fête début juin ; le chipiron, petit calamar pêché localement, à Hendaye mi-juillet et à Capbreton en septembre ; le thon rouge à Saint-Jean-de-Luz fin juillet, autour d'un grand repas de port. L'huître ouvre l'été à Andernos-les-Bains, sur le bassin d'Arcachon, se marie au pineau au Château-d'Oléron et retrouve en octobre les parcs de Marennes, avec visites ostréicoles et ateliers d'écaillage. Le sel a les siennes : quatre jours à Salies-de-Béarn, où il est exploité depuis l'Antiquité, une journée pour la fleur de sel aux Portes-en-Ré.
Le hareng, lui, se fête en novembre, et pas seulement sur la côte. La Foire aux Harengs et à la Coquille Saint-Jacques de Dieppe occupe le quai Henri IV, en entrée libre. Mais la foire aux harengs de Lieurey se tient à trente kilomètres de la mer, dans le Lieuvin : la tradition remonterait à un convoi de harengs bloqué par la neige pendant la guerre de Cent Ans, vendu sur place pour ne pas perdre la marchandise. L'explication tient debout, car le hareng salé ou saur était alors l'une des rares denrées animales transportables sur de longues distances, et les jours maigres du calendrier religieux lui assuraient un débouché toute l'année.
Le vin, un calendrier dans le calendrier
Les foires viticoles se calent sur le cycle de la vigne plutôt que sur le calendrier des saints. Au printemps, le Printemps des Vins de Blaye se tient dans la citadelle inscrite au patrimoine mondial et Cassis fête son appellation sur le port. L'été appartient aux grandes foires de vignoble : la Foire aux Vins de Gaillac, dans l'un des plus anciens vignobles de France, le Festival du Muscat de Frontignan, consacré à un vin doux naturel, Duras sous ses halles et la foire aux vins de Sigoulès, quarante-neuvième édition, dans le bergeracois. La Fête de la Véraison de Châteauneuf-du-Pape, créée en 1986, tire son nom du moment où les grains encore verts commencent à changer de couleur : trois jours de marché médiéval et de dégustations, gratuits, portés par des bénévoles, dans un village de moins de 2 200 habitants.
L'automne enchaîne les vendanges et les enchères. Saint-Émilion ouvre ses grands crus classés mi-octobre. Le 15 novembre 2026, la Vente des Vins des Hospices de Beaune tient sa 166e édition sous les halles : les Hospices civils y vendent aux enchères la récolte d'un domaine constitué au fil des siècles par des legs, en pièces de 228 litres, et le produit finance l'hôpital, la Pièce des Présidents étant adjugée au profit d'une cause désignée chaque année. Quelques jours plus tard, Chai Mon Vigneron fête le Gaillac Primeur, seul vin primeur AOC du Sud-Ouest. L'hiver se passe en salons : Champagne et Vous ! réunit à Château-Thierry les vignerons de la vallée de la Marne, et le Salon des Vins des Vignerons Indépendants à la Porte de Versailles, quarante-huitième édition, avec six cent cinquante-quatre vignerons. Livres en Vignes, au château du Clos de Vougeot, réunit de son côté une centaine d'écrivains au milieu du vignoble.
Les grandes foires d'exposition
À côté des foires de produit existent les grandes foires généralistes, qui occupent un parc des expositions pendant une dizaine de jours. La Foire Internationale de Bordeaux tient dix jours fin mai, la Foire Internationale de Metz onze jours avec environ 550 stands répartis en vingt-cinq secteurs, les Journées d'Octobre de Mulhouse en sont à leur soixante-sixième édition avec 320 exposants et le spectacle floral Folie'Flore. La Foire Internationale de Caen et la Foire du Dauphiné à Romans-sur-Isère jouent le même rôle en Normandie et en Drôme, comme la Foire de Pau en Béarn et la FoirExpo de Crest, avec ses plus de cent vingt exposants, en Drôme diois. La Foire de Vienne, elle, a choisi de rester en centre-ville, avec sept salons thématiques, un déballage des commerçants et un salon des brocanteurs.
La différence avec une foire de village n'est pas une question de taille mais de format : un lieu couvert, une billetterie le plus souvent, une programmation étalée sur plusieurs jours, là où la foire de village occupe une place en accès libre le temps d'une matinée.
Les fêtes gourmandes de ville
Certaines villes ont gardé une fête liée à un métier plutôt qu'à une récolte. La Frairie des Petits Ventres rend chaque troisième vendredi d'octobre à la rue de la Boucherie de Limoges son activité d'autrefois : tripes, pieds de cochon et andouillettes grillés en plein air dans l'une des rues à pans de bois les mieux conservées de la ville, où la corporation des bouchers a longtemps fait la loi, et où un petit musée, la Maison de la Boucherie, raconte le quartier. Castelnaudary prépare son cassoulet géant en public, Barjols sert son aïoli en plein air début août, Cambo-les-Bains fête le gâteau basque avec sa confrérie, Bayonne son jambon salé et affiné depuis 1462, et les Journées Gastronomiques de Sologne ouvrent à Romorantin-Lanthenay la saison du gibier et du poisson d'étang. Les grands salons parisiens ferment l'année, chacun sur son créneau : le Salon du Chocolat tient cinq jours à la Porte de Versailles à la charnière d'octobre et de novembre, Marjolaine réunit une semaine plus tard le bio et l'écologie au Parc Floral du bois de Vincennes, et Saveurs des Plaisirs Gourmands rassemble en décembre producteurs fermiers et épicerie fine.
Comment lire une date de foire
Trois règles couvrent la plupart des cas. La première est le jour du calendrier, qui ne bouge pas : le 9 septembre à Lagrand, le 27 à Rouillac, le 29 à Hérolles, le 11 novembre à Givet, à Duras et à Varaignes, le 31 décembre à Gramat. La deuxième est le rang dans le mois : troisième vendredi d'octobre pour la Frairie des Petits Ventres, deuxième dimanche de juillet à Apt, deuxième dimanche d'octobre à Lavit, dernier dimanche de janvier à Aups, dernier week-end d'octobre à Espelette, premier lundi de décembre à Évreux, premier samedi après la Toussaint à Rauville-la-Place, quatrième mardi du mois à Saint-Pierre-d'Oléron. La troisième est qu'il n'y en a pas : pour tout le reste, la date se négocie chaque année avec le calendrier scolaire, un jour férié ou la disponibilité de la place.
Autrement dit, se fier au souvenir d'une édition précédente marche pour les deux premières catégories et échoue pour la troisième. Sur FêtesMap, la catégorie des foires gastronomiques liste celles à venir avec leur date, leur commune et ce que l'on y déguste, et chaque fiche renvoie à la source officielle de l'édition en cours.